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Accueil du site > L’espéranto > Foire aux questions > Y a-t-il des expressions idiomatiques en espéranto ?

8 février 2007

Y a-t-il des expressions idiomatiques en espéranto ?

Question : On peut souvent lire que l’espéranto est une langue facile car logique et débarassée du poids des idiotismes qui s’accumulent au fil des ans dans les langues naturelles. Cela signifie-t-il qu’on ne sait pas dire en espéranto faire chou blanc, bâtir des châteaux en Espagne ou prendre le taureau par les cornes ?

Réponse : Tout d’abord il ne faut pas confondre idiotisme et expression idiomatique. Un idiotisme du français c’est par exemple l’emploi de l’article et des prépositions à ou en devant les noms de pays : on dit « en France » (la France), « au Canada » (le Canada), « à Cuba » (Cuba)...

Pourquoi ? On aura beau inventer des règles et des exceptions à ces règles, l’explication finale restera « parce que c’est comme ça ». Il n’y a pas d’alternative possible et ceci constitue une réelle difficulté pour celui qui apprend notre langue.

Les expressions idiomatiques, au contraire, sont une façon originale et plus ou moins détournée de dire quelque chose qu’on pourrait exprimer de façon plus banale. Le fait que chaque langue puisse choisir une façon différente de dire cette chose (une métaphore différente par exemple) constitue justement le côté idiomatique — c’est à dire propre à la langue — de cette expression.

Concernant les expressions idiomatiques, il y a en espéranto trois tendances, chacune étant adaptée à un type de communication et à un degré de connaissance de la langue.

La première tendance est d’éviter purement et simplement les expressions idiomatiques. Quand on écrit à un Japonais qui débute en français, on sait instinctivement qu’il ne comprendra pas l’histoire des châteaux en Espagne, donc on aura plutôt tendance à dire faire des rêves impossibles à réaliser ou quelque chose d’approchant. On fera la même chose en espéranto dans une situation identique, si ce n’est qu’on pourra plus facilement jouer sur la syntaxe et le style pour donner une patine d’originalité « idiomatique », même à l’expression la moins métaphorique qui soit.

La deuxième tendance sera de traduire plus ou moins littéralement certaines expressions idiomatiques, soit parce qu’il s’agit de métaphores facilement compréhensibles par d’autres nationalités (ex. mettre la charrue avant les boeufs), soit parce qu’il s’agit d’une expression propre à la culture de son pays et qu’on souhaite la faire partager aux autres : les expressions les plus originales et les plus frappantes auront tendance à faire mouche et à s’enraciner dans la langue. Cette tendance « marche » bien dans les conversations internationales entre gens qui maîtrisent déjà bien la langue et qui l’utilisent de manière vivante.

La troisième tendance, plus littéraire, est de faire appel au fonds culturel de l’espéranto, c’est-à-dire en l’occurrence au corpus de tous les textes « fondateurs » de la langue et notamment au recueil de proverbes et phraséologies (c’est-à-dire expressions idiomatiques) édité au début du siècle par Zamenhof, d’après un travail comparatif entre russe, polonais, français, et allemand, entrepris par son père. Ce recueil est assez limité (environ deux mille expressions seulement) mais il illustre bien la démarche : s’inspirer des expressions les plus claires et les plus typiques de chaque langue et leur donner une patine idiomatique par un choix judicieux de la syntaxe, des rythmes et des sonorités.

Quelques exemples :

Ainsi pour « faire chou blanc », on dit couramment fiaski (faire un bide) ou maltrafi (louper son but) qui sont déjà des expressions originales en soi de par leur construction. Mais on peut dire aussi trafi paseron en référence au proverbe celis anseron, trafis paseron (il visait une oie, et il a atteint un moineau). Selon les nuances il y aurait d’autres possibilités comme :

  • Plenumiĝis la tasko per granda fiasko : la tâche s’est achevée par un grand fiasco (noter le balancement : tasko... fiasko).
  • Krevis la vazo antaŭ la nazo : le vase s’est brisé devant mon nez (et les espoirs se sont envolés)).

Pour « prendre le taureau par les cornes », à défaut d’un équivalent exact, et on peut toujours se contenter de la métaphore kolekti sian kuraĝon (ramasser son courage).

Pour « avoir du travail par-dessus la tête » on dit usuellement esti superŝutita per laboro (être enseveli sous le travail) avec un emploi métaphorique du verbe ŝuti qui normalement s’applique aux matériaux granuleux tels que le sable, le sel ou le sucre. Mais il existe aussi l’expression plus littéraire et élégante sidi en laboroj ĝis super la oreloj (être assis/occupé dans des travaux jusque par-dessus les oreilles).

Pour « bâtir des châteaux en Espagne » il existe l’expression konstrui kastelojn en aero (construire des châteaux dans l’air).

Un dernier pour la route.

Bovo prenita, koko donita kaj — kvita, mot-à-mot un boeuf pris, un coq donné et... quitte, c’est-à-dire on prend un boeuf, on rend un coq... et on se sent quitte. Une bonne façon de faire comprendre l’ingratitude de la personne dont on parle.

Voici qui éclairera votre lanterne sur la richesse idiomatique de l’espéranto et vous donnera du grain à moudre...

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