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Accueil du site > L’espéranto > Foire aux questions > L’espéranto : langue ou idéologie ?

8 février 2007

L’espéranto : langue ou idéologie ?

Question : J’ai entendu parler de l’espéranto comme d’une langue internationale mais je vois aussi des articles qui décrivent l’espéranto comme un mouvement avec ses « adeptes », ses « missionnaires », son « prophète »... Métaphore journalistique ou vérité cachée ?

Réponse : Quand Ludwik Zamenhof crée l’espéranto au siècle dernier, il ne conçoit pas sa langue comme un simple outil de communication internationale. Il vit immergé dans les difficultés de tous ces Polonais, Lituaniens, Juifs, Allemands et Russes qui tentent de cohabiter dans les grandes villes de la Pologne, partie intégrante alors de l’empire russe. La coexistence pacifique des nationalités (au sein d’un même pays) et des nations (au niveau mondial) est pour lui le but le plus important à conquérir. Cet idéal de paix et de fraternité marquera profondément l’espéranto et constituera, si l’on peut dire, son axe « idéologique ».

Au début du vingtième siècle, les Français deviennent les locomotives du mouvement espérantistes. Plutôt que l’idéal de Zamenhof, qu’ils craignent de voir compris comme une mystique, ils choisissent de mettre l’accent sur les avantages concrets que la langue pourrait procurer dans le domaine des sciences, du commerce et du tourisme si elle était pratiquée à grande échelle. Il s’agit alors de remplacer la langue internationale des élites, le français — déjà déclinant dans ce rôle —, par l’espéranto, langue internationale des peuples. C’est l’axe « utilitariste ».

De nos jours l’idéal de paix n’a rien perdu de sa force malgré tous ceux qui l’ont courtisé par intérêt. En revanche il paraît plus difficile de clamer que l’espéranto apportera automatiquement la paix si tout le monde le parle. De récents conflits (Irlande, Yougoslavie,...) ont rendu tangibles à tous qu’une langue commune n’empêchait pas les peuples d’un même pays de se déchirer pour des questions tenant à la religion ou à des mythes nationaux, la haine se nourrissant de tout, des différences autant que des similitudes, de l’ignorance autant que de la connaissance. Zamenhof le savait bien, lui qui pensait qu’une seconde langue pour tous ne pouvait pas suffire pour véritablement unir l’humanité et que seule une « seconde religion » pourrait atteindre ce but si elle englobait dans une sorte de morale — plus sociale que mystique — le plus petit dénominateur commun des principes des grandes religions monothéistes et des courants de libre pensée.

Par ailleurs le mouvement espérantiste a longtemps été porté par une mystique du « grand soir » selon laquelle les nations finiraient bien un jour par reconnaître les mérites de l’espéranto et l’imposeraient à leurs sujets. Cette utopie s’estompe de plus en plus au profit d’actions plus modestes aux résultats plus tangibles : faire accepter à l’administration l’ouverture d’un cours d’espéranto dans une école primaire afin d’initier les enfants à une langue étrangère et à la correspondance ; maintenir un réseau mondial d’hébergement gratuit pour les espérantophones ; continuer à pratiquer et faire vivre la langue ; la transmettre à d’autres ; aider financièrement les projets d’espérantophones du tiers-monde... Toutes ces activités procèdent de l’idéal de fraternité, qui s’applique ici au sein d’une communauté espérantiste, ouverte à tous ceux qui veulent bien payer le ticket d’entrée (c’est-à-dire apprendre la langue), et non repliée sur elle-même. La langue est alors le véhicule docile de cette fraternité.

Essayons maintenant de répondre à la question qui ouvre cette page. L’espéranto est-il une idéologie ? - Non. Il est le véhicule d’un idéal, certes, mais il n’en est que le véhicule, et nous savons qu’il a pu se mettre au service d’objectifs moins désintéressés. Ensuite, l’idéal en question n’a pas le caractère de doctrine organisée comme pourrait l’avoir un courant de pensée religieux ou politique. L’espéranto n’est-il donc rien d’autre qu’une langue ? - Non plus. Outre l’idéal de fraternité qui l’anime avec plus ou moins de vigueur, l’espérantiste moderne est un passionné : passionné de sa langue qui lui découvre toujours des facettes inattendues, et passionné de son activité au service de cette langue et de ce que l’on peut appeler sa communauté.

Ce courant « affectif », presque hédoniste, qui, d’ailleurs, a toujours été représenté dans l’histoire de la langue, tend peut-être à tempérer l’image de l’espérantiste telle que certains non-espérantistes se l’imaginent encore, à savoir celle du missionnaire ascétique prêchant dans le désert la parole un peu surannée du bon docteur Zamenhof.

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